Baz a écrit:J'ai des difficultés pour prendre une bonne trajectoire dans les virages serrés. Je n'arrive pas à plonger dans l'intérieur et me retrouve toujours vers l'extérieur :
- virages à droite = voie inverse
- virages à gauche = accotement
Tu te retrouves en extérieur en sortie de virage justement parce que tu veux aller vers l'intérieur en entrée de virage.
A masse égale (même moto+conducteur) et vitesse égale, resserrer ta trajectoire en entrée de virage entraîne forcément une augmentation de la force centrifuge, et donc un élargissement en sortie.
Comme tu ne peux pas changer la masse du véhicule, si tu veux garder un peu de vitesse, la seule solution est d'augmenter le rayon de courbure du virage, donc d'élargir la trajectoire en entrée de virage.
C'est la base de la trajectoire de sécurité :
Prendre un virage : la trajectoireBaz a écrit:Au départ, je pensais que c'était uniquement lié au fait que je ne prenais pas d'angle (ça me fait peur). Puis, au fur et à mesure de mes recherches, je me suis dit que c'était peut-être parce que je ne contre braquais pas.
Tu ne prends pas d'angle parce que tu ne contrebraques pas.
Tourner à moto, changer de direction, c'est toujours opérer un déport du centre de gravité de l'ensemble du véhicule, formé de deux centres de gravité, celui de la moto et celui du conducteur.
Ce déport du centre de gravité peut être réalisé de différentes façons : en braquant le guidon, en penchant le corps, en inclinant la moto...
Ce déport du centre de gravité entraîne du coup l'apparition d'une force centrifuge, qui dépend de trois paramètres :
- la masse de l'ensemble du véhicule,
- la vitesse angulaire (vitesse de rotation, liée à la vitesse de déplacement),
- le rayon de courbure du virage.
Et c'est pour compenser cette force centrifuge qu'il faut incliner la moto.
En dessous de 30-35 km/h, il suffit de braquer le guidon.
Au-dessus de cette vitesse, la façon la plus efficace (mais pas la seule) d'incliner la moto est d'utiliser la technique dite de contrebraquage :
Le contre-braquage, technique d’inclinaison par le guidonBaz a écrit:Vous qui êtes expérimentés, que faut-il pour plonger dans le virage ? De l'angle, ou du contre braquage, ou les deux ?
Cela va ensemble.
Le contrebraquage amène la prise d'angle.
Mais ce n'est pas destiné à "plonger" dans le virage. Juste à rester sur la route, dans ta voie de circulation et faire en sorte qu'aucune partie de ton corps ou de la moto ne dépasse des limites de la voie.
Baz a écrit:Est-ce dangereux si je m'essaie au contre braquage ? (risque de chute ?)
Non.
Les débutants ont souvent cette peur.
Mais ce n'est pas parce que tu agis sur le guidon que la moto va se coucher ou perdre l'adhérence.
Est-ce que tu tombes quand tu braques le guidon ?
Non.
Entre 5 et 30 km/h, tu inclines la moto en braquant le guidon. Et elle ne perd pas l'équilibre pour autant, exact ?
A plus de 30 km/h, cette inclinaison s'obtient en appuyant sur le pied et en agissant sur le guidon.
Pas plus de risque de chute, tant que les pneus gardent l'adhérence.
Baz a écrit:Peut-on contre braquer à faible vitesse ou faut-il impérativement que la moto soit lancée pour qu'elle ne chute pas ? (environ 30 km/h).
Le contrebraquage est lié à l'effet gyroscopique.
L'effet gyroscopique varie selon trois paramètres :
- la taille de l'objet en rotation (la roue avant),
- la masse de l'objet en rotation,
- la vitesse de rotation.
Les deux premiers paramètres étant constants sur une moto donnée, seul le troisième fait varier l'importance de l'effet gyroscopique et détermine à partir de quelle vitesse l'effet gyroscopique devient assez important pour "verrouiller" la direction, empêcher la rotation de la roue avant, donc le braquage du guidon.
Sur la plupart des deux-roues moteur, cela intervient aux alentours de 30 km/h, variable en fonction du diamètre de la jante avant.
Toutefois, l'effet gyroscopique n'apparaît pas d'un coup, il augmente progressivement avec la vitesse.
A 10 ou 15 ou 20 ou 25 km/h, il y a déjà de l'effet gyroscopique, c'est bien grâce à lui que la moto tient l'équilibre quand elle roule.
Le contrebraquage fonctionne donc un peu, mais un peu seulement.
Baz a écrit:Comment doit-on gérer les gaz et les freins pendant un contre braquage ? (les choses à faire, et à ne pas faire)
Deux choses à ne pas faire :
- couper les gaz (cela bascule la moto vers l'avant et pénalise sa maniabilité),
- ouvrir les gaz en grand.
Le mieux est d'abord de maintenir les gaz stables tout au long du virage, dès le début et jusqu'à la sortie.
Ensuite, quand on a de la visibilité et de l'expérience, on peut augmenter progressivement les gaz à partir du moment où on voit la sortie du virage.
Afin de ne pas aller trop vite (ce qui augmenterait la force centrifuge), il est fondamental de penser à rétrograder avant le virage !
Cela permet d'augmenter le régime moteur sans augmenter la vitesse.
Côté freinage, il est préférable d'éviter de freiner de l'avant sur l'angle.
Il reste tout à fait possible de freiner de l'arrière, sans brutalité bien sûr.
Et il est possible de freiner de l'avant, mais ni fort ni brutalement. En dosant à un doigt ou deux doigts, cela peut se faire sans danger.
Si la moto se redresse à cause du freinage de l'avant, il faut compenser en augmentant l'action sur le guidon.
Baz a écrit:Auriez-vous un bon exercice à me donner pour que j'apprenne à contre braquer en toute sécurité ?
Faut que tu te trouves une ligne droite dégagée, avec du bon bitume, sans circulation, de jour, par temps sec.
Conditions optimales d'adhérence et de sécurité.
Là, tu te lances à 30-40-50 km/h.
D'abord, tu lâches les deux mains, juste pour te rendre compte que si tu ne fais rien, si tu ne touches à rien, la moto reste droite et va tout droit.
Fais-le plusieurs fois, en relançant la moto à chaque fois, il faut rester à plus de 20 km/h.
Ensuite, tu lâches les deux mans du guidon, tu poses une seule main (la gauche de préférence) et tu pousses doucement vers l'avant, en serrant bien les genoux.
Pas vers le bas, pas en diagonale, pas vers le côté... juste vers l'avant, comme si tu voulais tourner le guidon.
Pousse doucement : la moto va s'incliner tranquillement du côté où tu pousses.
Au fur et à mesure, tu peux pousser plus fort.
Si tu pousses plus fort, la moto va s'incliner plus loin.
Si tu pousses fort mais brièvement, la moto va s'incliner, puis se redresser.
Dès que tu arrêtes de pousser, la moto se redresse.
Si tu pousses plus fort, la moto s'incline plus loin.
Si tu pousses moins fort, elle se redresse un peu.
Si tu pousses pareil, elle maintient son inclinaison.
A noter que cela fonctionne pareil avec la traction de la main extérieure au virage.
C'est ce qui permet soit de conduire s'une seule main, soit d'augmenter l'efficacité de l'inclinaison en utilisant les deux bras, et non seulement le bras intérieur.
Pour une efficacité maximale, il faut combiner les appuis des mains avec l'appui du pied intérieur.
Après avoir testé le contrebraquage en ligne droite, tu peux te faire des grands zigzags, puis des slaloms, de plus en plus serrés.
Enfin, une fois que tu auras trouvé ta position de conduite, que tu sauras comment gérer tes appuis, comment maintenir ton allure et quelle trajectoire suivre... tu pourras travailler ton placement de regard.
"L'homme sage est celui qui connaît ses limites" (c) Clint Eastwood, alias "Dirty" Harry Callahan, in "Magnum Force" (1973)